Je devrais être en compagnie de Morphée. Mais à cette divinité, j’ai préféré une compagnie moins fugace, plus charnelle. De ma béatitude matinale transparaît le vestige d’une rencontre dont je n’attendais rien. Un néant qui ne revêt aucune connotation péjorative, simplement une absence de projections. Finalement, de ce rien a surgi une agréable surprise. Un regard charmant, un sourire mutin. Un dîner improvisé à la saveur d’un bon vin. Une conversation prenante, sans temps mort, à l’image de celles qu’on pourrait avoir avec un ami. L’ivresse autorise quelques savoureux lapsus : Ainsi lorsque nous parlâmes de parquet, il évoquera la nécessité d’un parquet lubrifié (!) Je lui préciserai alors un brin goguenard qu’il vaut mieux le vitrifier, et laisser le lubrifiant près de sa table de chevet… Deux chattes se promènent autour de nous. Elles jaugent l’invité de leur maître et me rappellent ainsi que je suis sur leur territoire. Chat noir, chat blanc. Je ne suis pas dans un film de Custurica mais la frimousse applatie de cette boule de poil m’amuse énormément. Mon hôte est heureusement plus avenant. Les heures défilent sans que nous nous en rendions compte, notre seul repère étant le niveau des bouteilles sur la table basse. Je ne rentrerai pas chez moi ce soir…
Le voile se lève tranquillement sur mes yeux révélant un Paris matinal que je n’avais pas eu le loisir de contempler depuis bien longtemps. Assis à une terrasse, je savoure mon chocolat et observe ces vies qui se croisent sans heurts. J’ai dû me lever plus tôt qu’à l’accoutumée. Légère inadéquation d’horaires de travail qui me permet de laisser vagabonder mes pensées.
D’un rien surgit parfois une agréable surprise.

