C’était une journée ordinaire, il faisait beau, je me baladais dans le marais. Une journée exceptionnelle même, je n’étais pas en retard. Je m’occtroyais le rare luxe de flanner au lieu de courir et envoyer des textos mensongers :
« j’arrive dans 5 min… » sachant que j’étais à 1/4 d’heure minimum du point de rendez-vous…
(Oui, je sais c’est mal, j’essaie de
m’améliorer !). C’est alors que deux choupinous sont apparus dans mon champ de vision. Ils avaient des têtes d’américains. J’aurais du mal à vous définir à quoi ressemble un américain, mais pour vous donner une idée, je dirais que le portrait robot de ce « John Doe » serait Doug Savant l’ancien »gay de service sans vie sexuelle » de Melrose Place, aujourd’hui mari de Lynette à Wisterlia Lane. Je parle bien entendu des américains fuckable, pas des gros moches genre Michael Moore qui – eux – demeurent transparents malgré leurs pantalons xxl… Nous marchons donc sur le même trottoir, ils avancent vers moi ; eux non plus n’ont pas l’air pressé. Je les entends parler en anglais – BINGO !- , ils ont l’air perdu et m’apostrophent – BINGO ! bis -. Je pris alors le temps de les étudier : Ils étaient vraiment choupinous de près ! leurs costumes d’un ton incroyablement classique et leur coupe de cheveux impeccable leur donnait ce petit charme désué si caractéristique des hétéros propres sur eux. Et comme je suis polyglotte
(miam ! j’adore ce mot, moi) et que je ne suis pas le dernier à pratiquer toutes les langues lorsque j’en ai l’occasion
(qui a dit trainée ?),je les aidais à trouver leur chemin. Après tout, nous étions dans le marais, ils pouvaient s’agir d’hétéros curieux ! J’étais célibataire, j’avais du temps devant moi, la configuration était idéale !
Alors que j’étais en train d’enchaîner les pensées cochonnes caractéristiques du célibataire en chasse, une question à laquelle je ne m’attendais pas du tout vint anéantir mes rêveries.
Do you believe in God ?
Petite apparté afin de vous expliquer le raisonnement des blonds. Je prends comme unité de mesure le 1/4 de seconde parce que je suis blond foncé. Si vous tombez sur une vraie blonde platine, vous pouvez utiliser des secondes pleines voire des minutes…
- Premier quart de seconde : je rêve, ces deux choupinous me parlent de Gode ?? Ils sont finalement bien plus délurés que je ne le pensais…
- Deuxième quart de seconde : non, ils me demandent réellement si je crois en Dieu, mince ! C’est quoi cette embrouille ?
- Troisième quart de seconde : Où est la caméra ? C’est un coup de Marcel Béliveau ? Il est reviendu du Québec ?
- Quatrième quart de seconde : Je les observe plus attentivement et remarque ce détail qui m’avait échappé sur la veste du costume : un badge de l’Eglise de je sais plus quoi. Il s’agissait de prêcheurs !
Là, j’ai compris que c’était mort. Je ne pourrais pas me taper défendre la réputation des français « meilleurs amants du monde « avec ces américains. Restait à préparer ma sortie. Je baffouillais un « hum… » un peu long suivi d’un « yes » peu convaincant. En langage Matorif cela signifiait : « je m’en fous de ton Dieu, tu veux pas plutôt aller boire un verre ? ». Visiblement ils n’ont pas su décoder le message et ont insisté me demandant si je pratiquais (la religion), etc. Le bombardement de question s’intensifiait rapidement et j’ai préféré prendre le taureau par les cornes :
You know what ? I’m gay and I’m not sure that your God could bear the way I live my life, and how I spend my nights : sucking, fucking with boys and things you couldn’t imagine… that’s why I don’t go to Church anymore. So, bye !! Have a nice day !!
Je suis reparti leur faisant un petit signe de la main. J’ai observé, ra-vi, leur mine défaite. Ils demeuraient interdits et devaient déjà prier pour le salut de mon âme. Je me sentais comme Carrie Bradshaw à la fin d’un épisode de Sex & the city, fier de ma vie, et de cette occasion qui m’avait été donnée d’affirmer ma différence face à l’obscurantisme. Telle ma blonde préférée, je me dirigeais d’un pas certain vers ce bar qui saurait me servir ce cosmopolitain qui me faisait tant envie à cet instant précis.