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Il était une fois… un gay

23 avr
Il était une fois l’histoire d’un gay. Celle d’un gay qui a mis longtemps à parcourir ce chemin que certains enjambent par quelques mots, en réunissant famille et amis. Le chemin de mon coming-out a été bien plus long. 
 
J’y pensais depuis très longtemps mais n’ai jamais pu concrétiser l’idée. Il était le dernier sur ma liste. J’avais entamé celle-ci avec ma meilleure amie lors d’une pause pendant nos révisions à la Bibliothèque Universitaire. Je devais avoir 20 ans et j’avais besoin de me confier. Elle accueillit mes secrets avec bienveillance et quelques jours plus tard, elle m’invitait chez elle et m’en confiait elle aussi quelques uns (la liste de tous ses amants et leurs performances sexuelles !). Le deuxième fût mon amoureux du moment qui m’avait indirectement obligé à en parler à mon amie. Ce dernier était hétéro (THE grand classique des ados gays…) et je dois avouer que j’ai fait fort ! J’avais réussi à lui dire dans la même phrase que j’étais gay ET que j’étais amoureux de lui. Il a dû me répéter cinquante fois qu’il était « scotché » dans la demi-heure qui a suivie sans quitter du regard cette feuille qu’il tournait et retournait nerveusement sans jamais savoir ce qui avait écrit dessus. Lui avait compris que quelque chose clochait, mais était très loin du compte puisqu’il pensait que j’étais attiré par sa copine… En y repensant, à l’époque, chaque coming-out revêtait pour moi une grande importance. Je révélais mon plus grand « secret » que je conservais enfoui en moi depuis le début de mon adolescence alors que finalement mes amis ne s’en souciaient guère… La troisième personne fût cette amie que j’ai détestée sur le moment car elle était sortie avec ce garçon dont j’étais amoureux, mais sans savoir le mal qu’elle me faisait alors. J’ai été odieux avec elle durant cet été là, et bien évidemment nos amis communs ne comprenaient pas pourquoi… Cet épisode m’a permis de réaliser la certitude de mon attirance pour les garçons. J’étais amoureux pour la première fois de ma vie et il s’agissait d’un garçon. Il n’était pas pour moi, et ne le serait jamais. Seulement si je ne changeais pas, je prenais le risque de ne jamais rencontrer quelqu’un qui pourrait m’aimer autant que je l’aimerais. Complètement étranger au milieu gay, j’avais sympathisé avec le bo gosse de la fac. Il n’avait aucun complexe à me dire qu’il sortait régulièrement dans le milieu gay avec ses amis même si lui était hétéro (ce que je n’ai JAMAIS cru… mais c’est une autre histoire). Ce camarade de promo m’a fait découvrir un monde totalement nouveau peuplé de créatures improbables. Je n’avais jamais osé franchir seul le seuil d’un bar gay même si j’en brûlais d’envie. J’étais soufflé par sa facilité à déambuler entre ce sosie raté de Mylène, ce mec ultra body buildé et cet autre gars dont le string dépassait du jean… Je déparaillais complètement ! j’ai donc rangé (sans regret !) ma dent de requin que je portais autour du cou, j’ai coupé ma tignasse de membre de Hanson et que j’ai arrêté de porter des vêtements trois fois trop grands pour moi. Je décidais de m’assumer et n’avais donc plus besoin de ce déguisement de « bon copain hétéro qui n’a jamais de copine ».  J’ai évolué et rapidement, le regard des gens a changé. Et j’ai fini par faire une rencontre. LA rencontre. Celle qui rend votre quotidien si éblouissant que plus aucune ombre ne peut le ternir. Celle qui vous nourrit autant qu’elle vous consume. A son contact, j’ai connu l’amour passionnel. Et j’ai aussi appris une autre chose essentielle, qui n’était pas forcément encore très claire dans mon esprit : on peut être gay et avoir une vie de famille épanouie. 
 
Si j’avais fait mon coming-out auprès de mes amis, je n’en avais encore parlé à aucun membre de ma famille. Mon copain de l’époque avait une famille incroyable. Ils m’ont accueilli chaleureusement dès le début de notre relation ; J’étais toujours le bienvenu dans leur maison. Je rendais leur fils heureux et cela était une raison suffisante pour me réserver le meilleur accueil. De fait, mon amant avait du mal à comprendre ma réticence à en parler à ma famille. Mais je ne savais pas comment aborder le sujet et j’avais peur. Je voulais attendre la fin de mes études : S’ils me rejetaient, j’aurais les diplômes suffisants… Je savais qu’ils n’auraient jamais fait ça, mais le 0,001% de chance me servait d’excuse. Je reculais pour mieux sauter… Et le hasard a joué son rôle. En revenant de l’enterrement de mon grand-père, mon frère est passé par mon appartement et est tombé sur cette photo où j’embrassais mon copain. Lui qui nourrissait quelques doutes m’a simplement fait remarquer que je ne devrais pas laisser traîner ça si je ne voulais pas que quelqu’un tombe dessus (notamment ma mère qui était dans la pièce au même moment). C’est à lui que je comptais en parler en premier, mais je n’avais pas envisagé que ça se passerait de cette manière. Il est resté le seul membre de ma famille officiellement au courant pendant encore quelques années. Officieusement, je n’avais pas eu de copine depuis le lycée et ça commençait à faire louche ! Alors que je me sentais finalement prêt à le dire à mes parents, je me suis séparé de mon mec, et tout mon courage s’est envolé. Les années passent vite au rythme du silence… A 27 ans, je commençais à me trouver vieux pour jouer à cache-cache avec mes parents. Je n’avais pas de petit copain pour me soutenir comme je l’avais envisagé à la base, mais j’ai pris mon courage à deux mains pour l’annoncer à ma mère qui évidemment s’en doutait. Les mamans sont toujours surprenantes. La mienne n’a pas dérogé à la règle. Ses commentaires furent savoureux : « je m’en doutais, tu as toujours eu bon goût. Et puis tu sais quand j’étais hôtesse de l’air j’en ai croisé beaucoup… » On n’en a plus jamais reparlé, mais désormais, je sais qu’elle sait.
 
Il ne restait donc plus qu’une personne. Mon père. Evidemment, celui que je redoutais le plus. Difficile de trouver le bon moment. J’habite désormais à 600 km et il est difficile de trouver le timing adéquat lorsque l’on reste seulement un week-end. Il était impensable qu’il ne s’en doute pas. Mais je voulais lui dire. Nous discutions au coin du feu. Il était tard et tout le monde était couché hormis nous deux. Il évoqua l’hypothèse d’une future copine. Je saisis l’opportunité et décidais de renverser la mécanique habituelle. Très sereinement un « papa depuis le temps… tu sais bien qu’il n’y aura pas de copine » vint ponctuer sa remarque. Suivi immédiatement d’un « je préfère les garçons » afin de clarifier la situation si besoin était. Sa seule remarque fût un « on n’aura pas de petits enfants » que j’esquivais en rigolant et en jetant un coup d’oeil amusé au salon qui s’était transformé en salle de jeux géante du fait de la présence de mes neveux et nièces dans la maison et qui signifiait un « tu n’en as pas déjà assez ? ».  J’aurais pu embrayer sur la possibilité d’adoption, mais c’était un autre débat et j’en avais déjà fait beaucoup ! J’ai ensuite changé de sujet, et la conversation a repris son cours habituel sans heurt. En cette semaine de Saint Valentin 2009, mon chemin a pris fin. 
 
Il était une fois un gay, et aujourd’hui je suis fier de dire que c’est moi…

 

 

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  1. MarcelD

    23 avril 2009 at 16:24

    Clap clap clap!
    Bravo!

     
  2. Tambour Major

    23 avril 2009 at 20:05

    Merci pour ce joli témoignage qui redonne courage à ceux qui comme toi ont besoin de temps pour accomplir certaines petites choses qui finissent par prendre les proportions de l’insurmontable… L’auteur de ces lignes en fait partie.

     
  3. garfieldd

    23 avril 2009 at 20:07

    C’est dingue comme ça met les larmes aux yeux ces histoires là… Surtout qd ça se passe sans heurt.

     
  4. Fab

    23 avril 2009 at 21:15

    De mon coté, j’aurai donné beaucoup pour voir la tête de « papa » lors de cette fameuse phrase,“papa depuis le temps… tu sais bien qu’il n’y aura pas de copine” t’as pas filmé ? Zut!!!
    Je me demande encore si sa question était sincère? et je me rends compte qu’il est extrêmement difficile de s’avouer ce genre de vérités (pour un père ou un frère) même si l’évidence crève les yeux. C’est pour ça qu’il faut le dire sans détour ni ambiguïté!!!
    Je me rends compte également au fil de ce blog qu’il est très difficile d’être hors norme et notamment homo. En tout cas, moi, si j’étais une fille, je voudrais être pédette!!!
    Pour achever Garfieldd, je dois dire que je suis content de le savoir car du coup je te comprends mieux et que ça ne change strictement rien à mon « amour fraternel ». Je suis tout a fait à l’aise avec ça et quand je lis la torture que ça à été toutes ces années pour toi, je regrette de ne pas avoir saisis l’occasion de t’en parler plus tôt!
    @ bientôt

     
  5. Philèbe

    23 avril 2009 at 22:37

    Quelle horreur ! Je me reconnais dans ce texte que je trouve si bien écrit alors que je n’en suis personnellement qu’au premier paragraphe.

     
  6. kab-Aod

    23 avril 2009 at 23:20

    Depuis quatre années que je blogue, je n’ai jamais évoqué mon « coming out » dans la mesure où il n’y en a jamais eu véritablement. Mais ton billet, avec tant d’autres, me fait songer qu’il serait temps d’expliquer que parfois l’aveu ne vient pas des enfants, mais aussi des parents… J’ai connu mon conjoint à 22 ans, et il fut très vite accepté, tacitement, par principe, mais ce n’est que dix ans plus tard que ma mère, très maladroitement, me parla ouvertement de mon orientation. Un désastre, genre (alors que ça allait mal avec mon ami) « y aurait-il un espoir que tu rencontres une fille ? ». Depuis je privilégie mon histoire d’amour de l’intérieur.

     
  7. Gonzy

    23 avril 2009 at 23:48

    wow.

    juste wow :)

    c’est joli, bien écrit, touchant.

    espérons que ça inspire des gens ^^

     
  8. vinsh

    24 avril 2009 at 1:34

    Très jolie histoire ! Un peu douloureuse et difficile, comme pour chacun, mais libératrice aussi. Tu as eu de la chance, en tout cas, de ne pas rencontrer d’hostilité sur ce chemin !

     
  9. Zep

    24 avril 2009 at 7:32

    Bravo. Une belle histoire qui renvoie à ses propres souvenirs…

     
  10. Ditom

    24 avril 2009 at 11:00

    Très beau…
    L’histoire des petits enfants m’a pourri la vie pendant quelques années (je suis fils unique…) et ma mère n’attend qu’une chose: que j’adopte! ;)
    Alors j’ai un chat!
    Bravo pour cette mise en mots.

     
  11. Gauthier

    24 avril 2009 at 15:01

    Et bien tu es parfaitement le genre de petit-ami que j’aurais fini par étrangler…

    Bon ok moi me suis fait outé de bon heure, ce qui facilite les choses, mais franchement après coup tu te rends compte que de s’empoisonner la vie pour ça, ça vaut pas le coup!

    J’arrête de faire mon con et je te félicite quand même !

     
  12. matorif

    25 avril 2009 at 20:39

    @ tous : merci pour vos commentaires et vos messages. J’ai eu beaucoup de mal à écrire ce post. Ce qui nous touche le plus est souvent le plus difficile à retranscrire… Je suis ravi qu’il vous ait plu !

     
  13. kitt67

    27 avril 2009 at 0:30

    bravo, tu retranscris si bien la chose que je me croyais vivre ton histoire en live :)

    Moi j’aurai aimé que cela se passe comme chez toi :)

     
  14. axel

    29 avril 2009 at 10:11

    Très belle histoire…

     
  15. chondre

    4 mai 2009 at 19:17

    Je reviens ici, juste pour te conseiller de battre le fer tant qu’il est encore chaud.
    J’ai été soulagé moi aussi d’apprendre à mes proches qui j’étais. Après avoir digéré la nouvelle, ma mère a semblé avoir accepté la situation. j’ai eu aussi le droit aux petits enfants et tout le tralalala. Puis est apparue une période de déni, période où nous n’avons plus parlé de ma sexualité. J’ai presque été obligé de faire plusieurs fois ce coming-out , toujours aussi douloureux, en lui rappelant avec qui je vivais.

    J’ai l’impression qu’il faut toujours occuper le terrain et associer le plus possible son compagnon à sa famille. En même temps, c’est juste ma propre expérience…

    Je suis très heureux pour toi.

     
  16. BobSponge

    11 mai 2009 at 14:16

    Comment? tu es gay? Ben tu aurais pu me prévenir depuis tout ce temps! Mais comme l’a dit si joliment ta môman: « j’aurais dû m’en douter, tu as toujours eu très bon goût ». Du fond de mon ananas, je peux en témoigner: ton goût est excellent :) Bises

     
  17. Denis

    22 mai 2009 at 16:55

    C’est une tres belle histoire. Et joliment racontée.
    Grand respect.
    Je suis heureux pour toi.

     
  18. Brice

    25 juillet 2009 at 2:02

    Tu as raison, les mamans sont surprenantes.

    Je suis ravi que tout se soit finalement passé sans heurts :)

    Bises

     
  19. Leto

    29 juillet 2009 at 14:33

    Matorif, j’aime décidément beaucoup votre chez vous virtuel et votre plume :)
    Whatever you are, be proud and flaunt it :p

     
  20. Sam

    22 août 2009 at 20:10

    Je te propose une solution pour les prochaines révélation de ta vie, et j’espère pour toi qu’il y en aura beaucoup.
    Ne rien annoncer officiellement les yeux dans les yeux, après un « il faut qu’on parle ».
    mais plutôt distiller tout simplement les informations relatives, le plus naturellement du monde. sans relever.
    au début on flippe un peu. et puis un jour ça devient tout naturel.
    A mon père, à qui je n’ai jamais « parlé de ça ». m’as dit un jour
    « Et tu viens avec ton copain samedi? »
    et j’ai répondu !
    « oui , bonne idée !

    Et ni mon copain, ni mon père ni moi ne parlons d’homosexualité, ensemble. et tout ce passe bien.