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Archive for janvier, 2010

la nouvelle campagne de AIDES

22 jan

le buzz du jour ! Vraiment réussie :

 

pleurer au grand jour

07 jan
Nous étions tous réunis. Des amis, mais aussi de nombreux visages que je croisais au lycée, qui avaient muris depuis la fac et dont j’ignorais le prénom. Leurs parents, et pleins de personnes que je ne connaissais pas. Et Lui naviguait avec son t-shirt col roulé et manches longues d’un bleu trop vif qui dépareillait au sein de cette foule en tenues sombres. Il luttait pour ne pas se noyer. Tous le savaient, mais lui restait impassible. Il avait choisi de se montrer fort, plus fort que cette douleur qui nous emportait tous. Il serrait des mains, esquissait de vagues sourires. Il s’est approché de moi et m’a remercié d’être présent. J’ai bredouillé une réponse probablement très banale. Il est des situations où les mots ne valent pas grand chose. Alors que je songeais à essayer de le réconforter, une amie d’enfance me voit et tombe en pleurs dans mes bras. Cet enterrement réunit toute une génération solidaire face  à cette vie qui a fauché l’un des nôtres trop tôt, beaucoup trop tôt… Nous étions ensemble au collège et avions beaucoup d’amis en commun. Pourtant, même si j’étais touché par ce décès, j’étais surtout venu pour Lui. Lui le survivant. Il m’a appelé quelques jours plus tôt pour m’annoncer le décès de cet ami commun. Un banal accident de voiture. L’un est décédé sur le coup. L’autre s’en est sorti indemne. Avaient-ils trop  bu ? Je n’ai jamais eu l’indélicatesse de poser la questions, de toute façon, la curiosité ne ramène pas les morts. J’avais été particulièrement étonné par la manière dont il m’a annoncé la nouvelle. Il aurait utilisé le même ton pour m’inviter à une quelconque soirée. Un ton neutre, vide d’émotions. J’imagine en y repensant aujourd’hui qu’il avait dû appeler d’autres personnes avant moi et qu’il le faisait mécaniquement… Pourtant je n’étais pas n’importe qui pour lui, et surtout, j’étais le seul à pouvoir comprendre.

Il utilisait ce même ton monocorde pendant son allocution dans une Eglise pleine à craquer. Toute la ville s’était déplacée pour rendre un dernier hommage au défunt. Après que son ami d’enfance eut rendu un vibrant hommage remuant des souvenirs que j’avais aussi partagés et qui me serraient le coeur, il avait pris la parole pour entamer un discours sans âme, évoquant de froides données factuelles  comme son brillant parcours scolaire ou ses aptitudes sportives là où on aurait plutôt aimer qu’il nous raconte quelques anecdotes. Nous savions tous qu’il utilisait ces mots pour se blinder et ne pas craquer. Nous le comprenions intuitivement. Pourtant, j’étais probablement le seul à comprendre la portée de ses paroles, ou plutôt le véritable sens caché derrière ces platitudes.

« je suis homosexuel, j’étais éperdument amoureux de cet homme que vous pleurez tous aujourd’hui et qui ne voyait en moi qu’un ami. Je l’ai vu mourir sous mes yeux, je suis dévasté, et pourtant vous ne le saurez jamais… » Voilà la réalité. Seulement  dans une petite ville comme la notre, il avait choisi comme d’autres – dont moi – de taire sa préférence sexuelle. Il prenait soin de toujours séparer ses frasques et sa vie sociale afin que rien ne le trahisse. J’étais la seule exception à l’époque puisque j’avais été son premier amant et que nous avions été amis. J’étais le seul à avoir pleinement conscience du lien qui unissait ces deux hommes et une partie des larmes que j’ai versées ce jour là, l’ont été pour cette raison.

Aujourd’hui encore, j’ignore s’il s’en est remis. Lui qui excelle dans l’art de masquer ses sentiments ne s’est dévoilé qu’une fois en ma présence  de nombreux mois plus tard. Il s’en voulait énormément de n’avoir pas pu exprimer ce qu’il ressentait ce jour là. Je pense qu’il a apprécié que je lui dise qu’au moins une personne dans l »assistance avait compris ses véritables sentiments et toute sa détresse. Quelque chose s’est brisé en lui suite à cet accident. La perte d’un être aimé est forcément particulièrement douloureuse mais ne pas pouvoir exprimer sa douleur, porter le deuil ou simplement ne pas pouvoir dire au revoir est insoutenable.

On me demande parfois pourquoi je ne suis pas plus « discret » avec ma sexualité, pourquoi je « m’expose », même si dans mon « cas » ça ne se « voit pas ». Pour Lui. Pour que d’autres Lui puissent avoir le droit de pleurer un être cher, de chérir son souvenir et d’aimer au grand jour.