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Le testament oublié

04 fév
Toutes les familles ont leurs histoires, leurs secrets. Polyphème nous a présenté avec talent celui de sa cousine Circé. A mon tour… 

 

route.jpg Cela faisait un moment que nous ne nous étions pas tous retrouvés ensemble en voiture. Toute la famille réunie : mon père et ma mère à l’avant, mes deux frères et moi à l’arrière. Chacun à sa place habituelle, celle que nous revendiquions étant enfants lorsque nous partions en vacances. Je me mettais systématiquement sur la droite (la place du petitdernier quipeutvomirrapidement encasdemaldestransports…). Seulement cette fois là, nous n’étions plus des enfants et l’occasion était spéciale. Nous revenions de l’enterrement de mon grand-père. A la tristesse de l’événement se mêlait le plaisir de nous retrouver ensemble, comme avant. Ces émotions antagonistes partagées – à mon sens – par tous les passagers créaient une atmosphère particulière, propice aux révélations. 

 

L’histoire que notre père raconta ce jour là, fût particulièrement troublante. Bien que né à Paris, il a toujours eu une tendance à l’exagération, caractéristique typique des gens du sud mais plus exotique si l’on tient compte de ses origines nordiques (ma famille est un peu difficile à comprendre parfois). Le ton de sa voix ne laissait pourtant planer aucun doute quant à la sincérité de ses propos. Mon père habitait à proximité de chez mes grands parents (3 heures de route alors que les autres vivaient dans un autre pays…). Il a effectué de nombreux allez/retour afin de soutenir ma grand-mère alors que mon grand-père était sur son lit de mort. Le soir de son décès il était bien entendu là-bas dans leur grande maison isolée au fin fond de la Dordogne. Lorsqu’il est finalement parvenu à s’assoupir, c’est pour retrouver en rêve celui qui venait de passer de vie à trépas. Dans son rêve, mon grand père hurlait à une personne que mon père ne pouvait voir qu’elle « n’avait pas le droit de faire ça ». Sa voix résonnait avec une telle violence que mon père s’est alors réveillé en sursaut. Il a évidemment mis cet étrange cauchemar sur le compte de la fatigue et du traumatisme dû au décès d’un proche. Il tenta tant bien que mal de se rendormir tout en notant que la lumière du salon était encore allumée à cette heure tardive…

 

testament2.jpg Ce n’est que quelques jours plus tard qu’il fît le rapprochement. IL n’avait pas été déposé en lieu sûr et demeurait introuvable. certains doutaient même qu’IL existe. Le testament de mon grand-père avait disparu. Il avait pourtant laissé entendre qu’il était dans la maison. A cet étape là du récit de mon père, ma formation de juriste a repris le dessus et je commençais à débiter mes classiques de droit des successions : le notaire est ton ami, le meilleur moyen pour faire respecter tes dernières volontés… Mon père m’a rapidement coupé afin de nous faire part de sa compréhension des évènements. Il a passé énormément de temps avec mon grand-père avant son décès. Il ne s’intéressait pas au testament mais connaissait son existence. La seule raison valable de sa disparition était que quelqu’un l’avait subtilisé. Il nous rappela alors son cauchemar qui l’avait visiblement marqué. Son père criait après quelqu’un, et lorsqu’il se réveilla, la lumière était allumée près du bureau où aurait dû se trouver le précieux document… La seule personne présente dans la maison ce soir-là était ma grand-mère : Un testament permet de céder les biens appartenant en propre au défunt (on exclut les biens appartenant aux deux conjoints) à la personne de son choix (sans toutefois avoir la possibilité d’exhéréder les héritiers). En l’absence de ce derniers, tous les biens lui reviennent, ils ne seront partagés entre leurs enfants que lors de son décès.

 

Le voiture continua à rouler pendant un moment sans que personne n’ose interrompre le silence pesant provoqué par ces révélations. Tous les passagers connaissaient suffisamment ma grand-mère pour considérer cette hypothèse comme plausible. Il aurait suffit que mon Grand-père veuille céder un objet à une personne qu’elle n’appréciait pas pour qu’elle détruise l’ensemble du testament. Mais cette hypothèse reposait tout de même sur un cauchemar de mon père ! Pourtant je ne pourrais pas dire qu’il est d’habitude sujet aux théories ésotériques. Je le qualifie plutôt de cartésien, ce qui donnait encore davantage de poids à ses propos.

 

Cette théorie n’a jamais été étayée par aucun indice, mon père aurait eu bien du mal à justifier ses doutes ! Une seule certitude demeure : personne n’a jamais retrouvé le testament de mon grand-père…